« Par rapport à mon expérience, je pense être bien placé pour orienter un petit jeune »

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En janvier dernier, Momo Sissoko officialisait l’arrêt de sa carrière de joueur, après une dernière pige à Sochaux la saison précédente. Passé par Valence, Liverpool, la Juventus et le PSG durant la principale partie de sa carrière, puis passé en mode globe-trotter lors de ses dernières années, l’ancien milieu de terrain nous a confié ses nouveaux projets et a livré son analyse sur le prochain PSG-Dortmund.

Foot Mercato : comment allez-vous ?

Momo Sissoko : ça va ! Depuis l’officialisation de l’arrêt de ma carrière, c’était un peu dur à digérer, car j’ai toujours baigné dans le monde du football. Maintenant j’ai digéré, je profite énormément de ma famille. Je suis super heureux, super content.

FM : vous avez pris votre retraite en janvier. Quelle est la première sensation après ça ? Comment on se sent ?

MS : c’était un moment compliqué. Ce n’est jamais évident d’arrêter quelque chose que tu aimes au plus profond. Maintenant, c’est une étape de la vie, il y en a une autre qui arrive. Donc ça a été dur, le fait de l’annoncer, de ne pas être à l’entraînement au quotidien. Mais après, au fil du temps, par rapport à toutes mes occupations, c’est comblé. Maintenant je suis en plein dedans et très épanoui dans ma vie.

FM : comment la décision d’arrêter s’est-elle prise ? Rapidement et simplement ou après un plus long processus de réflexion ?

MS : ça a été un long processus. J’ai vu la réalité en face. Depuis que j’ai quitté le PSG, j’ai été incité à partir loin de ma famille. En l’occurrence très très loin, des continents éloignés de la France. Et ça jouait énormément. Je pensais aussi avoir fait le tour, j’ai joué dans les plus grands clubs, j’ai gagné des titres. J’ai fait ce que j’avais à faire. Maintenant, j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière et tous les footballeurs vont passer par là.

FM : justement, que faites-vous depuis l’arrêt de votre carrière ?

MS : l’après-carrière, j’y ai bien réfléchi avant d’arrêter. Par rapport à tout ce qu’il se passe dans le football, par rapport à mes expériences personnelles, je voulais vraiment me lancer, me fixer des objectifs à court, moyen et long terme. Et à court terme, mon objectif c’est de représenter des jeunes joueurs. Pour les mettre dans une bonne structure, pour leur permettre de faire les bons choix, d’avoir un accompagnement au quotidien. Et justement de bénéficier de l’avis d’experts dans le football pour les orienter de la meilleure des façons pour ne pas faire des erreurs que d’autres ont fait. Cette structure est déjà créée, avec une personne que j’ai rencontrée. On est sur la même longueur d’ondes. Clairement, les jeunes en ont besoin. Par rapport aux expériences que j’ai pu vivre, je pense que je suis bien placé pour orienter un petit jeune qui se cherche, tout simplement. Et mon objectif, c’est que ce petit jeune ne se fasse pas berner par des gens qui vont lui raconter des salades.

Le monde des agents a changé

FM : c’est quelque chose que vous avez remarqué durant vos années de joueur, la présence de personnes parfois néfastes dans l’entourage de jeunes joueurs ?

MS : je pense que par rapport à mon époque, on est dans deux mondes complètement différents. Avant, un représentant représentait des joueurs. Maintenant, tout le monde se met un peu dans le truc, sans réellement savoir. Je ne dis pas qu’il faut avoir absolument fait une carrière pour représenter un joueur, loin de là. Mais si demain je me lance dans le journalisme et que je n’ai aucune idée de comment ça se passe, ce n’est pas possible !

FM : dans votre carrière, vous avez eu plusieurs agents ?

MS : je suis passé par plusieurs agents et la finalité c’est que j’ai trouvé un agent qui m’a suivi de mon époque de Valence jusqu’au Paris Saint-Germain, voire plus. Moi, je veux amener mon expérience, mon expertise, le bien comme le mauvais. J’ai fait des choix que je ne devais pas faire. J’ai vu des jeunes talentueux, prédits à un avenir grandiose, qui sont tombés sur de mauvais agents qui n’ont pas pu faire la carrière qu’ils méritaient.

FM : est-ce que le défaut de certains entourages de joueurs est aussi de surprotéger le joueur et de ne pas savoir le critiquer ?

MS : je ne serai pas là pour arriver comme un ancien. J’ai ma vision des choses, d’autres en ont une différente. Moi, je veux juste mettre une bonne structure autour d’eux, pour les représenter, les suivre et avoir un projet au long terme avec eux.

FM : que conseilleriez-vous à Tanguy Kouassi, qui n’a toujours pas signé de contrat professionnel avec le PSG ?

MS : c’est une situation vraiment difficile. Je me suis retrouvé dans ce même cas de figure dans ma jeunesse. Mais il est dans une grande équipe, qui veut gagner. C’est un choix avant tout personnel qui se fait. Ce n’est pas simple. Lui connaît ses propres réponses et il sait où il veut évoluer, où progresser dans sa carrière. Pour sa part, ce n’est pas un choix facile. Mais c’est un jeune qui est très mature pour son âge, par ce qu’il montre sur le terrain, sa personnalité. Je ne suis pas inquiet. Je pense qu’il fera le bon choix.

FM : quel est le bon choix alors ?

MS : ah ça il n’y a que lui et ses représentants qui le savent !

Un réseau important

FM : vous vous êtes fixés des objectifs dans votre nouveau métier ?

MS : clairement, c’est de limiter le nombre de joueurs et de faire un travail extraordinaire autour d’eux, pas que dans le domaine du football, mais aussi dans l’extra-sportif. Je veux les faire monter, prendre conscience qu’ils peuvent faire de grandes choses.

FM : votre parcours doit vous aider auprès de ces jeunes joueurs quand ils regardent votre CV ?

MS : c’est vrai que j’ai un réseau important, mais après il faut avoir les joueurs. Si tu n’as pas les joueurs valides pour aller dans ces clubs-là, ça va être un peu compliqué. Dans un premier temps, c’est vraiment un accompagnement, les suivre au quotidien, les aider à faire les bons choix, de me déplacer. Je suis un passionné de football, je suis là pour voir les matches, faire le débriefing, les suivre de près pour qu’ils puissent progresser au quotidien.

FM : vous continuez à regarder beaucoup de football ?

MS : toujours ! C’est un truc qui est en moi, je ne lâcherai pas. Le foot j’ai toujours baigné dedans. J’aime le football. Les matches de Premier League, la Ligue 1, je suis tout.

Pas inquiet pour le PSG

FM : quel est votre sentiment pour PSG-Dortmund ?

MS : ça va être un match compliqué, très dur à jouer. Dortmund est vraiment déterminé. Maintenant je pense que le Paris Saint-Germain, avec tout ce qu’il s’est passé depuis le match aller, a une grande revanche à prendre, autour de tout ce qu’il s’est dit sur cette équipe. Pour moi ce sera du 50-50.

FM : vous qui connaissez certains joueurs encore du club, vous pensez que les différentes polémiques apparues depuis le match aller sont une source de motivation ?

MS : ça va les motiver dans le sens où ils vont vouloir donner le maximum pour aller gagner ce match-là et faire taire les gens.

FM : contre le Real Madrid, ils n’avaient pas réussi au match retour…

MS : c’est vrai mais j’espère juste que ce match se fera avec les supporters. Si c’est à huis clos… Rien que pour les caisses du PSG ce n’est pas bon, et au niveau de l’enthousiasme, ça doit se jouer avec les supporters. J’espère que ce sera un beau match et que le PSG passera.

FM : vous qui aviez été recruté par Leonardo, pensez-vous que sa présence, ses discours peuvent influer suffisamment ?

MS : je ne sais pas si Leonardo intervient véritablement dans le vestiaire pour les booster. Tout ce que je peux dire, c’est que c’est un très bon dirigeant, qu’il a amené de la rigueur. Et le fait qu’il soit là, pour les joueurs, c’est important, car c’est un directeur sportif reconnu.

FM : lors de votre passage au PSG, on a l’impression que les matches de Ligue des Champions étaient gérés plus tranquillement.

MS : c’était aussi la première ère, le début de QSI. Donc il n’y avait pas énormément de pression comme maintenant. Avec tous les millions dépensés, tout l’engouement autour du PSG, il y a une pression supérieure mais normale. Dans tous les grands clubs, comme à Liverpool ou à la Juve, il y a de la pression et c’est normal.

FM : qu’est-ce qu’il manque au PSG pour franchir un nouveau cap ?

MS : la Ligue des Champions, ce n’est pas aussi simple que ça. Il y a énormément de joueurs de classe mondiale, des clubs comme le Bayern, la Juve et tous les autres qui sont très costauds. Ce n’est pas facile à jouer. Avec le temps, le PSG gagnera la Ligue des Champions.

FM : est-ce qu’à votre époque, vous ressentiez l’obsession des dirigeants sur la Ligue des Champions ?

MS : entre un discours et la réalité, ce sont deux mondes différents. Manchester City est dans le même cas de figure. Il faut y aller pas à pas et ne pas être pressé. Quand ça viendra, ça viendra.

Del Piero, le meilleur

FM : en tant qu’ancien joueur de la Juve, pour qui votre cœur penche pour le match retour entre la Juventus et l’OL ?

MS : j’ai des amis qui jouent à Lyon mais clairement j’ai gardé de grands et bons souvenirs à la Juventus. Je reste un fervent supporter de la Juve. J’étais au match aller à Lyon. C’était un bon match. Lyon a eu énormément de réussite et la Juve n’a pas fait le match attendu. Le retour sera différent et je pense que la Juve le gagnera.

FM : quel est le joueur le plus fort avec lequel vous avez joué durant votre carrière ?

MS : Alessandro Del Piero. Sans hésitation. J’ai joué avec de grands joueurs mais même si je l’ai connu en fin de carrière, c’était quelque chose. Clairement, il avait énormément de qualités. Le personnage, le joueur, c’était le joueur avec qui j’ai pris le plus de plaisir.

FM : et le joueur contre qui vous détestiez jouer ?

MS : il y en a beaucoup (rires). Je pense à Owen Hargreaves (ancien du Bayern Munich et de Manchester United). Ou Xavi, parce qu’il avait un centre de gravité assez bas et c’était difficile de lui prendre le ballon.

FM : vous avez beaucoup voyagé sur la fin de votre carrière (il a joué en Chine, Inde, Indonésie, Mexique ou encore à Hong-Kong, ndlr). Que retenez-vous de toutes ces expériences ?

MS : sans le football, je n’aurais jamais connu ces pays-là. Le fait d’avoir voyagé, connu d’autres cultures, d’autres personnes, même dans ma vie personnelle ça m’a forgé. Pour moi cela a été un kif d’avoir découvert ces pays et ces cultures totalement différentes. L’endroit que j’ai préféré, c’est l’Indonésie. La simplicité des gens, un vrai engouement autour du football, la gentillesse des gens, j’ai beaucoup aimé.

 

Source : footmercato

Photo : ©Maxppp

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